Interview BFM | Les grands enseignements du Baromètre des enchères iDealwine

Cédric Decoeur :  Vous publiez ces jours-ci votre Baromètre annuel des enchères de vin, une analyse du marché des grands crux. Quelles indications fournit-il à l’amateur désireux de constituer sa cave sous un angle patrimonial ?

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Angélique de Lencquesaing : Ce Baromètre est une mine d’or pour l’amateur ! Car les vins adjugés aux enchères en 2021, soit près de 200 000 flacons, constituent un matériau d’analyse passionnant, et unique au monde. Il permet de détecter les tendances qui se dessinent pour l’avenir.

C.D. : Vous avez une boule de cristal ?

A. de L. : C’est un peu ça en fait, et il faut savoir l’interpréter ! Car les amateurs les plus pointus sont présents, et leurs choix, leurs emportements, leurs passions donnent lieu parfois à des batailles d’enchères homériques qui nous montrent la voie et dessinent ce que devrait être la cave d’un cercle élargi d’amateurs dans le futur.

C.D. : Pourtant l’année 2021 a été particulière…

A. de L. : A bien des titres, oui ! Entre confinement et couvre-feu, les clients ont renforcé leurs achats de vin sur le web. 46% des amateurs achètent désormais sur internet, contre 31% en 2020. Ce qui a contribué à une année record en termes de ventes.

C.D. : Aux enchères, puisque c’est ce métier qui nous intéresse au premier chef, vous avez, vous aussi enregistré une explosion de vos ventes ?

A. de L. : Pas moins de 48 ventes se sont succédé sur iDealwine l’année dernière, contre 41 en 2020, soit 4 par mois. En nombre de flacons adjugés, la progression est de 7%, mais en valeur la hausse atteint 17%, ce qui atteste d’un effet prix significatif. Le prix moyen de la bouteille adjugée s’élève à 139€, en hausse de 9%.

C.D. : Cette hausse de prix est-elle le fait des acheteurs asiatiques principalement ?

A. de L. : Ils sont revenus en force en 2021 après une année 2020 plus morne. Mais nous avons un socle solide et résilient d’acheteurs français, qui représentent 49% des achats. L’Asie compte pour 18% des ventes.

C.D. : Comment pouvez-vous qualifier ce marché des ventes de grands crus aux enchères ?

A. de L. : Il y a 4 points à retenir. Le premier, c’est qu’il s’agit d’un marché de vins mature : 62% des millésimes vendus ont plus de 10 ans. Il faut donc montrer un peu de patience pour valoriser les vins acquis jeunes à la sortie du millésime.

Deuxième point : c’est un marché de vins rouges. Ceux-ci ont représenté 76% des flacons adjugés en 2021. Traditionnellement et en caricaturant quelque peu, ceux-ci se conservent mieux, sur le long terme.

Troisième point, dont nous pouvons être fiers : c’est un marché de vins français pour l’écrasante majorité. Près de 95% des flacons adjugés ont été produits dans l’Hexagone. Le vignoble français reste LA référence sur le marché secondaire.

Et dernier point qui mérite d’être souligné : nous avons affaire à un marché qui verdit. 25% des flacons adjugés sont issus de la viticulture bio, biodynamique ou nature. Cette proportion peut sembler faible à première vue, mais une fois rapportée à la part des vins de moins de 10 ans vendus aux enchères – les domaines ayant pour une bonne part entamée leur démarche de conversion relativement récemment-, cette proportion est en réalité très significative.

C.D. : Venons-en aux vins qui se distinguent et que l’amateur doit avoir dans sa cave. De la Bourgogne, de la Bourgogne, et encore de la Bourgogne j’imagine ?

A. de L. : La Bourgogne a conforté en 2021 sa position de première région, en valeur, avec 38,3% du total adjugé (contre 34% pour Bordeaux). Et pourtant les volumes de grands crus de Bourgogne en baissé, (-7,7%).

C.D. : Bordeaux est définitivement distancé ?

A. de L. : Pas du tout, au contraire même. Et ce pour deux raisons. D’une part, Bordeaux demeure la première région en volume, avec 40,5% des échanges. D’autre part, ces volumes ont progressé de 21 ,5%, signe d’un regain d’intérêt pour les étiquettes de cette région, qui continuent à bénéficier d’une notoriété mondiale.

C.D. : Mais les vins les plus chers sont des grands crus de Bourgogne ? D’un seul domaine, la Romanée Conti ?

A. de L. : Oui et non ! Le domaine de la Romanée-Conti reste, comme l’année précédente, la première signature, en termes de valeur échangée sur iDealwine en 2021. Seulement 413 flacons ont été adjugés sur la plateforme d’iDealwine pour 1,5M€.

Mais ce n’est pas de la Romanée Conti qu’est issu le vin le plus cher adjugé l’année dernière. C’est le domaine Leroy qui tient la corde, avec un musigny 2006, adjugé 28 244€.

Le flacon le plus cher, quant à lui, résume un peu toutes les grandes tendances, car il s’agit d’un échézeaux 2006 du domaine Bizot, vendu 41 752€ en double-magnum. C’est un Bourgogne, un vin de la Côte de Nuits, un vin rouge, un vin nature.

C.D. : Bordeaux, la Bourgogne… il faut donc se concentrer sur ces deux régions pour créer une cave patrimoniale ?

A. de L. : Non, surtout pas ! Car si l’on ajoute la vallée du Rhône (12% des adjudications tant en valeur qu’en volume, avec le Château Rayas en deuxième position des domaines les plus échangés sur iDealwine), ces trois régions traditionnellement les plus représentées aux enchères représentent 84% de la valeur totale des enchères, mais seulement 74% des volumes.
C’est dire, si, parmi les 26% restant, il existe une foule d’opportunités auxquelles l’amateur ferait bien de s’intéresser.

C.D. : C’est justement la question. Faut-il se concentrer sur les vins le plus chers, qui atteignent des niveaux stratosphériques en termes de prix, ou sur des vins « de découverte » ? Si oui, comment les identifier ?

A. de L. : Je vais vous faire une réponse un peu normande. Les vins les plus rares, les plus chers, continuent de voir leurs prix s’envoler. Le musigny que je vous cite a vu son cours progresser de 61% par rapport à l’année précédente, un millésime de qualité similaire (2001) ayant été vendu 17 499€.

Mais, et c’est là tout l’intérêt du Baromètre, nous y identifions, dans chaque région, les domaines à suivre, ceux dont les vins ont enregistré l’année dernière des adjudications atypiques, en hausse très nette par rapport au prix de départ des enchères.   

C.D. : Nous n’avons pas le temps de les passer en revue, mais vous pensez à quelles régions en particulier ?

A. de L. : Au trio composé de la vallée de la Loire, du Languedoc, et du Beaujolais bien sûr. Sans oublier le Jura, région à la pointe des vins nature, la Provence et aussi les vins étrangers, les grands italiens au premier chef. Nous aurons l’occasion d’en reparler de façon plus approfondie, j’espère, car plus aucune région n’est à l’écart du succès dans les enchères iDealwine : pour découvrir les domaines à suivre, ce Baromètre est une mine d’or, je vous l’assure !

Découvrir le Baromètre iDealwine 2022 des enchères de vin

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